Dans quel type d’industrie allons-nous prendre nos décisions en 2026 ?

Fin 2025, beaucoup de studios indépendants décrivent une sensation difficile à formuler.

À l’échelle de l’industrie, certains indicateurs restent positifs. Le marché continue d’exister, des sorties rencontrent leur public, les plateformes restent très fréquentées. Ces éléments alimentent un discours global relativement rassurant.

Sur le terrain, le vécu des équipes est nettement plus tendu. Les licenciements se sont succédé ces dernières années, y compris encore en 2025. Des projets avancés ont été arrêtés, des studios ont fermé, et la prise de risque s’est fortement réduite, y compris chez des acteurs historiquement solides.

Ce décalage ne renvoie pas à une crise passagère ou à des difficultés isolées.
Il s’inscrit dans une transformation plus profonde du cadre dans lequel les projets sont évalués, financés et accompagnés.

L’industrie du jeu vidéo est entrée dans une phase de marché mature, marquée par une aversion au risque durable. La croissance ne repose plus sur l’arrivée massive de nouveaux joueurs, mais sur la capacité à capter, retenir et convaincre ceux qui sont déjà là. Cette évolution a des conséquences très concrètes sur les attentes des éditeurs et des plateformes.

Pour les studios, cela se traduit par une pression plus diffuse mais constante.

Des milliers de sorties par an, une visibilité de plus en plus disputée, et des pics d’attention très concentrés.

Les grosses sorties, comme Hollow Knight ou GTA VI, créent de véritables zones de turbulence, où l’attention médiatique, streaming et retail se déforme fortement.

Le calendrier redevient une décision stratégique.

Certaines formes de flou, autrefois absorbables, deviennent plus difficiles à porter. Les décisions structurantes pèsent plus lourd, et les espaces d’expérimentation se resserrent.

La question n’est donc pas tant de savoir quelles tendances suivre, ni quels modèles reproduire, mais de comprendre dans quel type d’industrie ces décisions vont être prises.

Le réflexe des “tendances”

Lorsque l’environnement devient plus incertain, un réflexe fréquent consiste à chercher des repères visibles. Observer les genres qui attirent l’attention, analyser les mécaniques mises en avant, regarder les trajectoires de projets récents donne le sentiment de mieux comprendre ce qui fonctionne.

Cette démarche est naturelle. Elle apporte une forme de réassurance dans un contexte mouvant. Avec le temps, cependant, elle tend à produire davantage de tension que de clarté. Les tendances fournissent des signaux intéressants, mais elles restent fragmentaires. Sans cadre de lecture plus large, elles peuvent disperser l’énergie et retarder des décisions structurantes.

Observer l’industrie reste utile. S’y raccrocher comme à un mode d’emploi l’est beaucoup moins. Les tendances indiquent des mouvements, elles ne décrivent pas le terrain dans son ensemble.

Trois forces structurelles qui dessinent déjà 2026

Plutôt que de raisonner en termes de tendances à suivre, il est souvent plus éclairant d’identifier certaines réalités de fond. Elles sont déjà à l’œuvre et structurent le cadre dans lequel les studios vont devoir décider.

Une industrie arrivée à maturité

Le nombre de jeux continue d’augmenter, tout comme le niveau moyen de qualité. L’attention, en revanche, demeure limitée. Dans ce contexte, un projet gagne à être très clair sur ce qu’il propose et sur la place qu’il cherche à occuper. L’enjeu se situe autant dans la capacité à émerger que dans celle à maintenir l’intérêt dans la durée.

Une production sous tension durable

Les marges de manœuvre se sont resserrées et les équipes sont plus exposées. Dans beaucoup de studios indépendants, certaines zones d’incertitude restent ouvertes plus longtemps qu’avant : le périmètre réel du projet, son positionnement, la manière dont il sera financé ou encore le rythme de production soutenable dans la durée.

Tant que ces éléments ne sont pas clarifiés, ils continuent d’agir en arrière-plan. Ils influencent les choix quotidiens, allongent certaines itérations, compliquent la communication et finissent souvent par fragiliser l’ensemble du projet, bien avant qu’un problème visible n’apparaisse.

Une industrie rythmée par des pics d’attention concentrés

Les grandes sorties, les annonces hardware et les temps forts médiatiques structurent fortement la visibilité. Les studios indépendants évoluent eux aussi dans ces cycles, ce qui redonne au timing une importance stratégique, y compris pour des projets de taille modeste.

L’ensemble dessine une industrie plus stable dans ses fondations, et plus exigeante dans ses conditions d’existence.

Ce que ce contexte implique pour les décisions

Dans ce cadre, la clarté devient une ressource centrale. Les idées comptent toujours, l’exécution reste essentielle, mais la capacité à prendre des décisions explicites, suffisamment tôt, joue un rôle de plus en plus déterminant.

De nombreux studios rencontreront des difficultés non pas parce que leurs projets manquent de qualité, mais parce que certaines décisions structurantes auront été différées trop longtemps. La fatigue, la prudence ou l’absence d’espace pour y réfléchir contribuent souvent à ces reports successifs.

Décider permet alors de réduire l’incertitude inutile et d’alléger la charge mentale qui pèse sur les équipes.

Un mini-playbook pour retrouver de la clarté

Les actions suivantes proposent simplement de recréer un peu de lisibilité, sans budget et en peu de temps.

Cartographier les contraintes réelles

Consacrer 1h à poser clairement les contraintes financières, humaines et temporelles du projet. Les formuler telles qu’elles sont permet d’ancrer les décisions futures dans une base concrète.

Identifier les décisions qui demandent à être posées

Se demander quelles zones de flou risquent d’avoir un impact réel sur le projet dans les mois à venir. Deux ou trois éléments suffisent pour commencer à dégager des priorités.

Clarifier ce que le projet doit rendre vrai

Exprimer en une phrase ce que le jeu est censé faire exister : une expérience, une émotion, une promesse précise. Cette formulation sert souvent de point d’appui pour de nombreuses décisions ultérieures.

Définir ce que l’équipe choisit de préserver

Identifier ce qui, aujourd’hui, consomme beaucoup d’énergie sans renforcer le projet permet de mieux protéger les personnes qui le portent. Cette attention conditionne largement la capacité à durer.

Cherchez-vous à suivre les mouvements visibles de l’industrie, ou à comprendre le cadre réel dans lequel vous travaillez ?

Pour conclure

Je terminerai par une question, laissée volontairement ouverte :

Quelle décision liée à 2026 vous met aujourd’hui le plus mal à l’aise ?

Il ne s’agit pas d’y répondre immédiatement, mais la rendre visible suffit parfois à desserrer une partie de la pression qu’elle exerce.

Prenez soin de vous et de vos équipes. Et bonne année à tous 💖

Et maintenant ?

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Merci d’avoir lu jusqu’ici 🙏
Et surtout, bravo d’avoir envie de faire les choses bien, à votre rythme.
À très vite dans les Chroniques de la Com’té


Cyrielle
Accompagnement marketing & communication pour studios indés

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